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REER Au Québec : Optimiser Son Impôt Des Particuliers

Le régime enregistré d’épargne-retraite, plus communément appelé REER, occupe depuis longtemps une place centrale dans la planification fiscale des particuliers au Québec. Bien qu’il soit souvent présenté comme un simple outil d’épargne en vue de la retraite, son véritable intérêt réside surtout dans sa capacité à lisser l’impôt dans le temps et à offrir une flexibilité stratégique lorsqu’il est utilisé de manière réfléchie.

D’un point de vue fiscal, le principal attrait du REER découle du fait que les cotisations sont déductibles du revenu imposable. Concrètement, cela signifie qu’un particulier qui verse des sommes dans son REER réduit immédiatement la base sur laquelle son impôt est calculé, tant au fédéral qu’au provincial. Cette déduction procure un allègement fiscal d’autant plus important que le taux marginal d’imposition est élevé. Ainsi, pour une personne dont le revenu se situe dans une tranche d’imposition supérieure, le remboursement d’impôt associé à une cotisation peut représenter une portion significative du montant investi.

Toutefois, il est essentiel de comprendre que le REER ne fait pas disparaître l’impôt : il en reporte simplement l’exigibilité. Les revenus générés à l’intérieur du régime, qu’il s’agisse d’intérêts, de dividendes ou de gains en capital, s’accumulent à l’abri de l’impôt tant qu’ils demeurent dans le REER. L’imposition survient au moment du retrait, moment où les sommes sont ajoutées au revenu de l’année et imposées au taux applicable. L’hypothèse sous-jacente à l’utilisation optimale du REER est donc que le contribuable sera imposé à un taux inférieur au moment des retraits, généralement à la retraite, comparativement aux années de pleine activité professionnelle.

Les droits de cotisation au REER sont calculés en fonction du revenu gagné de l’année précédente, jusqu’à un plafond déterminé annuellement. Ces droits s’accumulent indéfiniment lorsqu’ils ne sont pas utilisés, ce qui ouvre la porte à une planification plus fine. Contrairement à une croyance répandue, il n’est pas toujours avantageux de cotiser dès que des droits sont disponibles. Pour un particulier dont le revenu est temporairement faible par exemple en début de carrière, lors d’un retour aux études ou pendant une période de transition professionnelle — la déduction associée à une cotisation peut avoir un impact fiscal limité. Dans un tel contexte, il peut être judicieux de reporter la cotisation ou de cotiser sans demander immédiatement la déduction, afin de l’utiliser ultérieurement, lors d’une année où le revenu sera plus élevé.

Le REER prend toute sa valeur stratégique lors des années marquées par un revenu exceptionnellement élevé. Une prime importante, des commissions substantielles, un rattrapage salarial ou encore un gain ponctuel peuvent faire grimper le taux marginal d’imposition de façon significative. Dans ces situations, la cotisation au REER agit comme un puissant levier de réduction d’impôt, permettant de neutraliser en partie l’effet fiscal d’un revenu hors norme.

Il convient également d’aborder la question des retraits avec prudence. Puisque les montants retirés d’un REER sont entièrement imposables, des retraits mal planifiés peuvent entraîner des conséquences fiscales indésirables, notamment une hausse marquée du taux marginal ou la perte de certains crédits et prestations gouvernementales. Deux mécanismes prévus par la loi permettent toutefois d’accéder temporairement aux fonds sans imposition immédiate : le régime d’accession à la propriété et le régime d’encouragement à l’éducation permanente. Bien que ces programmes offrent une flexibilité appréciable, ils demeurent des mesures de report et non des exemptions définitives, puisque les sommes retirées doivent être remboursées selon un calendrier précis.

Enfin, le REER ne doit jamais être envisagé isolément. Son efficacité dépend étroitement de l’ensemble de la situation financière et fiscale du particulier, incluant l’existence d’un régime de retraite d’employeur, l’utilisation du CELI, la situation conjugale et les sources de revenus anticipées à la retraite. Dans bien des cas, une combinaison équilibrée entre le REER et le CELI permet d’optimiser à la fois la charge fiscale actuelle et la flexibilité future.

En définitive, le REER demeure un outil incontournable de la fiscalité des particuliers au Québec, mais il ne s’agit pas d’une solution universelle appliquée mécaniquement. Sa véritable valeur émerge lorsqu’il s’inscrit dans une stratégie cohérente, adaptée au cycle de vie du contribuable et à l’évolution de ses revenus. Une réflexion approfondie, idéalement accompagnée par un professionnel, permet d’en tirer pleinement parti tout en évitant les pièges les plus fréquents.